Je viens de discuter avec le pilier qui a soutenu mon existence ces dernières 35 années. Un pilier fermement ancré sur cette terre depuis maintenant 80 ans, affrontant tout la tête haute…
Elle: C’est comme si tous les moments tristes me revenaient d’un coup, je ne pense plus qu’à ça.
Moi: Bah, il faut se concentrer sur les bons moments; il y en a eu quand-même, non?
Elle: Oh, pas tant que ça. Et depuis ma visite chez l’ophtalmologue, c’est pire. Si jamais je venais à perdre la vue…
Oulà! Ma doctrine s’effondre, mon univers vacille, mon paradigme est caduc.
Bon, d’accord, il y a eu le divorce de ses parents à une époque où la honte se répercutait sur les enfants, divorce qui l’a empêchée de faire les études d’infirmière dont elle rêvait. Il y a aussi eu la guerre et l’exode vers la France. Le mariage avec un homme de dix ans son ainé et au caractère difficile. La belle-famille qui ne l’a jamais acceptée (alors qu’elle les surpasse tous sur tous les plans – à cause de ça, sans doute). Un de ses fils qui l’a empêchée de profiter de la vie un an après le mariage (et qui continue depuis). La mort de son frère favorit au Congo. Son cancer du sein mal soigné. L’alzheimer de son mari qu’elle a voulu gérer seule, jusqu’à la fin.
Ok, ce n’est pas drôle. Mais il y a aussi eu… Il y a eu quoi, dans le fond? Sérieusement, qu’est-ce qu’il y a eu de drôle dans sa vie? Ah ben merde, je n’en sais fichtre rien. Elle a été contente d’avoir un petit fils. Contente aussi que ses fils « s’élèvent » dans la vie, tout comme moi. (Si on peut parler de s’élever, hein…) Et à part ça?
Encore une fois, je n’ai vu que ce que je voulais bien, ce qu’il était plus facile et commode de voir. La façade d’une femme forte qui s’est efforcée de soutenir sa couvée du mieux qu’elle à pu, donnant à chacun tout ce qu’elle pouvait se permettre de donner, sur tous les plans. Et qu’est-ce que je lui ai donné en échange? J’ai été gentil avec elle; je l’ai aidée du mieux que j’ai pu à chacun de mes séjours chez elle. Ca semble si dérisoire.
En me relisant, j’ai l’impression d’écrire son eulogie. Mais j’ai aussi l’impression qu’elle attend avec impatience que tout se termine. Que le pilier retourne à la terre.
A ce moment, le rôle de pilier me reviendra. Par défaut. Que je me sente prêt à l’assumer ou pas. Ce n’est pas comme si j’avais le choix, après tout.
Allez, mon petit Vanyel. Tu as eu 35 ans pour apprendre. La tête haute, le dos droit, même quand ça fait un mal de chien. Le sourire aux lèvres et un air assuré même si tu crèves de trouille.
Et puis toi, au moins, tu te souviens de moments heureux. Tu as des amis que tu ne remercieras jamais assez pour tout ce qu’ils t’apportent qu’ils soient connus de longue date ou récemment découverts. Merci à tous, quel que soit le temps depuis lequel vous me trouvez assez intéressant pour me côtoyer.
J’ai moi aussi parfois envie que tout s’arrête. Mais ça ne se peut pas, parce qu’on a besoin de moi. Et parce que vous êtes là.
Et au cas où j’oublierais:








C’est clair que nos anciens ont 100 voir 1000 vecus plus fort tout en restant humble.
Si elle est ton pilier, quoi qu’il arrive, elle restera jusqu’à la fin de tes jours…
Tu es le petit fils caché de Soeur Emmanuelle ??? Ca alors ! ;)
J’arrête de déconner sur un article qui se veut sérieux. Il y a le principe de subjectivité qui est important aussi. Pour elle, certains aspects ne sont pas importants mais ils donnent une image aux autres tout autre. L’image de soi et l’image des autres n’est jamais la même.
Des moments tristes on en a tous, et à tous les âges… Il faut pas forcément s’attarder dessus, ni même chercher à les chasser. ils font partie de nous. Il faut avancer avec. C’est une belle leçon.
Au fond elle t’a déjà transmis un peu de son rôle de pilier par tout ce qu’elle t’as transmis !
Le pilier seul a plus de travail, mais on peut lui mettre un second pilier pour l’aider, des contreforts pour le renforcer,… Et tout ça, un peu d’elle, un peu de toi, un peu des autres, est au fond de nous !
Ben > C’est vrai que les enseignements de nos chers disparus ne nous quittent jamais. Mais il y a des jours où on aimerait les avoir à côté de soi, ne serait-ce qu’une heure.
Izo > Bon, ben le pilier va se chercher un sac de béton pour renforcer sa base… ;)